Basket – Radiographie des salaires en Ligue Pro : quand le jonglage et l’amateurisme des clubs asphyxient les joueurs
©️Olivianne Boladé
La rédaction de Bénin Baskup a mené une enquête de plusieurs mois sur les salaires des joueurs de la Ligue Pro, saison 2024-2025. Dans cet article, nous révélons les salaires pratiqués dans les clubs du championnat, avec une conclusion inquiétante : beaucoup de joueurs sont marginalisés et l’amateurisme domine.
(Bénin Baskup a collecté des informations, consulté des documents et vérifié ceux-ci (factures normalisées, contrats, interviews etc) Cet article vise à alerter les responsables et autorités sur la situation dans les clubs.)
Le constat est glaçant et amer. Les trois cinquièmes des clubs de la Ligue Pro des clubs de la Ligue Pro ont infligé un traitement financier très sévère à leurs joueurs. Un joueur qui a requis l’anonymat déplore la situation dans son club.
« Les deux premiers mois, nous avons été payés à moitié. Après, ils ont promis régler quand les subventions vont tomber. Même après cela, ça n’a pas été facile avant d’être payé en fin de saison. Les primes de match et tout c’est difficile d’avoir. Pour les assurances je n’en sais rien même »
Premier constat de notre enquête : les contrats sont formalisés de façon très diverses d’un club à un autre. Alors que certains contrats couvrent toute la saison, la majorité ne couvre pas toute la durée des mois du championnat. Cette réalité concerne les deux conférences de la Ligue Pro, avec des contrats de 12 mois, de 4 à 6 mois, voire correspondant au nombre de matchs disputés. L’article 9 du règlement du championnat stipule pourtant que « les lettres d’engagements ou contrats de travail/prestation doivent être d’une durée minimum d’une saison sportive.» En conclusion, les clubs qui ont signé des contrats de moins de six mois la saison 2024-2026 ont commis une violation du règlement du championnat.
Une forte disparité salariale
Le joueur le mieux payé de la Ligue Pro lors de la saison 2024-2025 est Caleb Podo. Recruté en février 2025 par l’ASPAL en provenance d’Orion du Rwanda, il percevait un salaire de 400 000 F CFA par mois avant la rupture de son contrat avec le club. Nous avons recensé cinq clubs dans la conférence Sud où les salaires des joueurs les mieux payés varient de 100 000 à 350 000 F CFA. Bien entendu, certains joueurs gagnent moins de 100 000 F CFA par mois dans ces clubs.
Alors que les joueurs du Sud se plaignent moins, ceux du Nord sont au bord du gouffre. À l’exception de deux clubs où le plafond salarial atteint ou dépasse 100 000 F CFA, les quatre autres clubs de la conférence Nord affichent des salaires presque dérisoires (allant de 40 000 à 80 000 F CFA).
« Comment peut-on payer un joueur pro 40.000 F CFA ? Ce n’est pas l’argent. Payer prime de matchs encore, c’est problème. Je vous dis, on souffre, on souffre vraiment.», regrette un joueur de la conférence nord.
Des inégalités salariales alarmantes dans la conférence Nord
Il faut reconnaître que même dans les plus grands championnats et dans presque toutes les disciplines, il existe une inégalité des revenus dans le sport professionnel. Le talent individuel, la notoriété, l’expérience, la position jouée et l’équipe à laquelle on appartient pèsent dans la balance. Cependant, quand dans un pays comme le Bénin, le smic est évalué à 52 000 F CFA (janvier 2025) et l’on constate que des joueurs dits pros sont payés moins ou juste un peu plus que le smic, c’est problématique. En effet, en raison des exigences physiques, de la charge mentale, des équipements sportifs et surtout du coût de la vie, il est évident que certains sont très vite essoufflés.
Dans un club de la conférence Nord par exemple, les documents consultés montrent que l’ensemble des joueurs dits professionnels perçoivent un plafond d’environ 50 000 F CFA les cadres y compris, par mois sur six mois, alors que seulement deux joueurs du même club sont payés 100 000 F CFA par mois sur douze mois. Il n’est donc pas surprenant que les talents et joueurs de haut niveau formés au Nord rejoignent les clubs du Sud. Ventre affamé n’a point d’oreille dit-on !
Un autre problème majeur concerne les retardataires « abusifs » et les « motifs absurdes » évoqués par plusieurs clubs pour ne pas payer à temps. Par exemple, nous avons pu consulter des preuves attestant de six mois d’arriérés de salaire pour certains joueurs. Compter sur les subventions pour payer les salaires des joueurs dans un championnat dit professionnel, c’est une ineptie ! Au moment où nous écrivons ces lignes, certains clubs ont encore des arriérés de salaires ou de primes à régler.
Que faut-il faire ?
Alors que la nouvelle saison sportive approche lentement, cette situation alarmante des joueurs dans le championnat doit vraiment inquiéter.
Avec une charte du sport caduque, l’absence d’un cadre juridique et réglementaire clair au Bénin (Code du sport, loi sur le financement du sport) et la méconnaissance du Code du travail par certains acteurs du sport, l’issue est incertaine et la marche vers la professionnalisation s’annonce périlleuse.
En attendant l’exploitation du rapport final des documents politiques et chartes du secteur sportif élaborés en 2021, la Fédération béninoise de basket-ball et la Ligue professionnelle de basketball doivent réfléchir à des mesures pour protéger les joueurs. La ligue professionnelle de basketball peut commencer par limiter les dégâts en procédant à des contrôles inopinés dans les clubs durant et à la fin du championnat.
Par exemple, au football, la Fédération béninoise de football a fixé un salaire minimum à 100 000 F CFA en Ligue Pro. Pourquoi pas au basket ?
ROD
Belle rédaction